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Pendant plus de vingt ans, Ramuntcho Matta s'est attaché à saisir en images des instants privilégiés vécus dans l'intimité de son père, le célèbre peintre surréaliste, Roberto Matta, mort en 2002.
Le film de trente minutes qui en résulte constitue un témoignage unique sur cet artiste, sa vie quotidienne et sa relation aux autres. Mais bien plus qu'un hommage figé dans la vénération et le respect, Ramuntcho Matta retrace un cheminement personnel, véritable uvre autobiographique, où s'exprime son désir profond de rencontrer son père, de le comprendre, et d'en être reconnu.
Dans cette quête, la caméra devient alors un outil de médiation qui tente, avec pudeur, d'abolir la distance entre ces deux êtres, distance qui concentre, dans ce cadre exceptionnel, toutes les questions de la relation filiale.
Inspiré de ce travail vidéo, Ramuntcho Matta par le biais du dessin et de la photographie, s’interroge sur la transmission et sur le choix des "autres pères" ...
«Avec Laurie Anderson, j’ai découvert la construction sonore.
Avec Robert Wilson, j’ai découvert certaines notions de scénographie et d’espace.
Avec Don Cherry, j’ai découvert une conscience du jazz, de l’improvisation...
Avec Brion Gysin, j’ai découvert la narration.
Avec Félix Guattari, j’ai découvert le multiple.
Avec John Cage, j’ai découvert l’aléatoire
Avec Chris Marker, j’ai découvert la synthèse.
Avec la musique, j’ai découvert la complémentarité.
Avec mon père, j’ai découvert le regarder.
Avec mon chat, j’ai découvert le ronronnement. "
Ramuntcho Matta né en 1960 à Neuilly sur Seine.
vit et travaille à Paris.
Ramuntcho Matta est compositeur, plasticien, consultant en arborescence émotionnelle et enseigne
le doute à l'Ecole Nationale Supérieure de Création Industrielle (Paris).
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Promenade avec l'amour et la mort
Ramuntcho Matta nous convie à une promenade dans son histoire, à l'aide de dessins, de photographies et de home movies. Mais chemin faisant, il nous emmène dans des univers parallèles au sien, où l'innocence se confronte à l'expérience, dans le labyrinthe très touffu d'une identité qui pourrait être celle d'une génération. À la mort de son père (le début de la vidéo où Matta lance jovialement : " Je suis mort, je suis mort ! "), Ramuntcho s'est dit : " Je n'ai rien transmis ". Il s'interroge sur le secret d'une famille (nous y voyons trois générations dont, invisible derrière sa caméra, il est l'oeil) véritablement universelle. Car outre Matta le père, Brion Gysin, ami et collaborateur de William Burroughs, inventeur de la " machine à rêver " et Don Cherry, l'un des plus grands jazzmen du vingtième siècle, s'imposent comme des maîtres figures paternelles élues.
Ramuntcho Matta s'était interdit le dessin pour ne pas envahir le domaine paternel. Mais comme il y voit " une écriture de ce que le texte ne peut transmettre ", on comprend qu'il ne puisse plus s'y dérober. Ce qui l'intéresse, dans le dessin, c'est l'immédiateté et ces interstices que, dans la bande dessinée, on trouve entre les cases et où l'on peut re-créer. Des tranches de " savoir-à-voir ", un rythme burroughsien que l'on voyait dans ses scrap-books et ses montages, et cette fulguration immédiate, quel que soit le médium, qui permet la transmission silencieuse d'un " mot nouveau " ; comme dans ce moment magnifique de la vidéo où Matta enseigne, joignant le geste à la parole, ce qu'est le mot maintenant à César, son petit-fils : il prend sa main dans la sienne et lui dit " main tenant ".
Ainsi sort-on du piège du temps qui passe et recrée-t-on, par les instantanés, tout ce qui échappe au bégaiement de la vie quotidienne, ainsi accède-t-on à ce parcours de la mémoire et de la re-connaissance qu'on appelle aussi l'art.
SERGE GRÜNBERG, septembre 2004
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