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| Philippe BAZIN :Le cercle se resserre. La prise en charge de lindividu tend à être totale. De la naissance à la mort, la société a créé des structures qui encadrent chacun. Le centre de vieux grabataires est le dépotoir de lhopital qui lui envoie tous les faibles qui sont vieux et qui ont échoué. Ce sont en définitive des exclus. Peut-être cela explique-t-il les conditions dans lesquelles on les fait vivre. Je voudrais que chacun fasse leffort dimaginer ces personnes dans leur lit : ne parlant pas, ne bougeant pas, regardant plusieurs heures durant un mur vide situé à trois mètres de leurs yeux, un mur qui doit devenir obsédant. Il faudrait que chacun essaie cela : regarder un mur pendant des heures, sans bouger, sans parler. Et ça recommence chaque jour, chaque matin, chaque heure. Tous les jours, tous les mois, toute lannée. Cest un vide, un grand vide au bord du trou. Thèse de médecine, Nantes, mars 1983. Publié dans Impact Médecin en décembre 1985 et Clichés n°35 en mai 1987. Robert PUJADE : Chaque portrait de Philippe Bazin est un instant plastique privilégié, celui où linforme sincarne pour transmuer la vie en matière, comme si une âme décompressait létreinte par laquelle elle fait de la chair un visage, ou dun masque un regard. Artension, décembre 1987, Lyon. Bernard LAMARCHE-VADEL : Du nourrisson au vieillard, cest-à-dire de leau dont nous venons à la pierre où nous allons ce quils sont, virtuellement nous le sommes, parce que vivants entraînés par la permanente et sourde morsure de la disparition. On le voit bien, cest lunique effet nécéssaire de ces photographies sur leur pourtour, il sagit vraiment denvisager, de pénétrer dans ces visages, face à face irréductible avec cet espace si ténu du déclin avant la fosse commune de loubli. faces, Ecole Nationale de la Santé Publique/Editions de la Différence, Rennes 1990. Régis DURAND : Etonnant parcours que celui de Philippe BAZIN, médecin qui sest mis à photographier ses patients dans ces mouroirs qui sont la honte de notre société, afin de leur redonner un visage, une identité, un regard sur eux-mêmes. Ce sont des visages cadrés en gros plan sans aucune exploitation narrative ou voyeuriste. Des photos qui dérangent beaucoup, par lintransigeance rigoureuse quelles manifestent, et quelles exigent en retour. Artpress, février 1991. Jean-Marc HUITOREL : Ces photos-là relèvent de lhumanité la plus échevelée, la plus hurlante de se trouver aux marges du silence; dune humanité de glaire et de poils. Ces photos-là, en ce sens, relèvent de lobcénité... Lhumanisme qui se dégage de ces images défie les bons sentiments; les grimaces involontaires sont certes horribles, aux limites même de linsoutenable, mais il convient davouer quelles peuvent en même temps faire rire, dun rire dont jattends quon me démontre linhumanité. Danse macabre, FRAC Basse-Normandie/Le Triangle, Caen 1993. Thierry RASPAIL et Thierry PRAT : Limmobilité obligée du corps malade, son invisibilité, sa mutité sociale, ne sont pas sans rappeler les procédés empiriques et réfléchis de contrôle du corps dont Michel Foucault a repéré la mise en place à lâge classique. Souvent imposés pour répondre à des exigences conjoncturelles, ces multiples processus de classification et de discrimination ont fait norme dans les collèges, puis dans la structure militaire et lespace hospitalier. La mort anonyme des mouroirs, leffacement si prompt des visages dans la mémoire individuelle ou collective, sont des conséquences de cette anatomie politique du corps. Loeuvre de Bazin dit sans artifice la violence de cet anonymat, de cet oubli structurel. Collection 1991, Musée dArt Contemporain de Lyon, 1994. Thierry de DUVE : Le monde artistique de Philippe Bazin, cest le visage, et si le visage malgré tout peut sapproprier, cest dans la mesure où il est précisément dévisagé, traité comme un élément du monde auquel le photographe ne sadresse pas... Le monde esthétique de Philippe Bazin, cest lautre au singulier et en face-à-face, cest lautre à qui je madresse.... Adolescents, Le Channel/William Blake and Co, Calais 1995. Raymond BALAU : Cette manière de photographier de Philippe Bazin est une manière dêtre : on peut voir en un clin doeil, mais regarder, cest avec le corps entier, avec lêtre dans les limites de son unicité. A+Architecture, octobre 1996, Bruxelles. Philippe ARBAÏZAR : Philippe Bazin aborde les êtres dans leur institution. Il ne fait pas le portrait dune génération, dune tranche dâge. Ce vaste continuum rapproche les individus pour rappeler la communauté quils forment. Le portrait nest pas tant la relation qui se noue entre le photographe et un individu particulier, que la tentative pour enregistrer la représentation du genre humain. Le portrait nest peut-être quun seul visage sur lequel le temps laisse ses marques et doù se dégage une idée de lhumanité. Ce projet possède quelque chose de radical; il interroge les racines du portrait, ce qui le produit, il est animé dune ambition métaphysique. Portraits, singulier pluriel, Hazan/ Bibliothèque Nationale de France, Paris 1997. Robin WILSON : Bazin décrit le processus de son intervention comme la focalisation des différents éléments structurels sur le centre, un centre qui se définit lui-même à lextérieur de la géométrie. Dès lors, comme Gordon Matta-Clark, Bazin cherche lui aussi à reconstruire la syntaxe du batiment; à créer un passage intersticiel à travers les salles du projet darchitecture officiel. Structure et géométrie véhiculent des valeurs opposées. La géométrie peut être référée à ce qui est le royaume de la visibilité officielle - la géométrie dun programme institutionnel dexpansion de lespace culturel. La structure relève, essentiellement, de la tectonique de limage. Elle décrit un espace de production, indépendant du modèle admis pour un lieu de consommation culturelle et, en dernière instance, un espace libéré des contraintes de linstitution. Chantiers, Kent Institute of Art and Design, Canterbury 1999. Christiane VOLLAIRE : Dans ces images des nés, où la différence sociale est intentionnellement réduite à lindifférenciation, cest de ce fait lindifférence sociale qui est réfutée par lirruption de la singularité. Par lintraitable en nous. Si les photographies de Philippe Bazin sont humanistes, cest donc à lencontre du sens affadi de ce terme (celui dune philanthropie bienveillante qui conforte les tabous), mais dans son sens le plus rude : celui dun questionnement obstiné sur notre rapport constitutif, naturel et culturel, à la violence du monde. Sur la manière dont, face à elle et construits par la force originelle de la résistance, nous émergeons. nés, Editions Méréal/Idem+Arts, Paris et Maubeuge 1999. Jacques RANCIÈRE : (à propos de lexposition Voici de Thierry de Duve à Bruxelles en 2000)... Ce pouvoir dincarnation confié au geste même de montrer se révélait alors également transmissible à un parallélépipède de Donald Judd ou à un étalage de paquets de beurre est-allemand de Joseph Beuys, à une série de photographies dun bébé faites par Philippe Bazin ou aux documents du Musée fictif de Marcel Broodthaers. Malaise dans lesthétique, Galilée, Paris 2004. Dominique BAQUÉ : Cette énigme du visage, cest ce que na cessé de traquer Philippe Bazin...Cest à un même questionnement que lon est, abruptement, convié : à partir de quel moment, comment y a-t-il visage, et quelle relation puis-je entretenir avec le visage, surtout lorsque celui-ci est devenu pour moi pure Altérité...Philippe Bazin est, sans nul doute, lun des grands portraitistes contemporains... La Photographie Plasticienne, lExtrème Contemporain, Editions du Regard, Paris 2004. |
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