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entrelacs

27 octobre - 8 décembre 2012

A l’occasion du Mois de la Photo, Manuela Marques présentera, à la galerie anne barrault, un nouvel ensemble de photographies réalisées à São Paulo, entre 2010 et 2011. Nous publions ici, des extraits de l’entretien de Manuela Marques et Jacinto Lagera, qui avait été réalisé lors de ses expositions au Musée Collection Berardo à Lisbonne et à la Pinacothèque de São Paulo.



JACINTO LAGEIRA : Vos travaux récents jouent sur le général et le particulier, le détail et l’ensemble, le proche et le lointain. Quel rôle joue la focalisation sur un point, un moment inaperçu, une situation délaissée, sachant que votre approche n’est ni documentaire ni sociale ?

MANUELA MARQUES : Pour répondre à votre question, je pense qu’il faut revenir à la genèse de ce travail qui s’est constitué autour de l’idée de tentative. Tentative de rendre compte en quelques points visuels d’une ville, d’une mégapole, en l’occurrence celle de São Paulo. L’ensemble des images photographiques présenté ici, est une partie d’un corpus plus vaste élaboré lors d’un séjour de plusieurs mois dans cette ville où je me rends régulièrement.
À chaque séjour, la question se pose : que photographier ? São Paulo est une ville aux contours flous où toute image cherchant à la circonstancier est bien sûr possible, mais forcément inadéquate si l’on veut rendre compte de sa dimension physique et humaine. Cette ville était ainsi toute requise pour mettre en oeuvre cette recherche autour de la tentative photographique.
Rien ne semble joué d’avance et les différences sociales, culturelles ou architecturales coexistent souvent dans un même espace. Ce n’est pas une ville linéaire et cette non-uniformité m’intéressait pour poursuivre mon travail photographique.
En quelque sorte, suivre des circonvolutions, fuir la série ainsi que toute idée, vaine il est vrai, de réduire, ici, la ville à quelques images emblématiques.


JACINTO LAGEIRA : Peut-on réellement ignorer cet espace social en tant que tel, même si aucune narration ou état évident ne nous ait présenté ; que devrions-nous voir ou percevoir selon vous ?

MANUELA MARQUES : Je ne pense pas ignorer l’espace social ; je dirai que mon travail s’en empare en lui donnant une forme particulière. Prenons ces scènes en plongée comme vues au travers de caméras de surveillance. Ce qui se trouve présenté par ce type de prise de vue n’ouvre aucun champ à ce qui serait habituel lorsqu’un photographe cherche à rendre compte d’une situation urbaine : l’idée de documenter une réalité.
On utilise souvent l’approche documentaire comme une réponse stylistique à ce type de problématique, cette tentative de se confronter au social et au politique. La tentative dont je parle consistait à m’emparer de cet espace photographique avec d’autres moyens formels que ceux dont on a l’habitude.
Je pense que mon travail est aussi de l’ordre du politique, au sens premier du terme.
Je crois aussi que le réel n’est pas soluble dans le style. La plupart des photographies ont été réalisées dans deux ou trois lieux relativement dangereux de São Paulo : des zones de trafic, de consommation de crack, des lieux dégradés par toute une précarité et une misère engendrant des situations conflictuelles.
Je me suis mise en situation d’observation, bien qu’au final le compte-rendu visuel indique très peu de choses de ce qui a été observé. Il s’agit dans cette proposition photographique de ne donner aucune réponse précise par une interprétation unique de ce qu’il y aurait à voir dans ces images.
Comme pour mes précédentes réalisations, je souhaite que mon travail donne la possibilité au spectateur de créer des liens à la fois visuels et intellectuels entre ses différentes composantes. J’accomplis plus certainement une sorte de soustraction du visible pour mettre en évidence que la réalité est par nature multiforme, abstraite et fuyante. C’est bien pour cela, sans doute, que, plus qu’aucun autre médium, la photographie ou la vidéo sont les outils adéquats pour cette tentative d’infiltration entre les deux pôles du visible et du caché, le dérobé en quelque sorte.
Ce qui crée le doute est le moteur de mon travail. C’est là où je pense être au plus près de ce que l’on nomme «réel».

Contact 1, 2011
C-print
95 x 118 cm
ed 3
Vue 4, 2011
C-print
125 x 158 cm
ed 3
Contact 1, 2011
C-print
95 x 118 cm
ed 3
Manifestation 1/2, 2011
dyptique
C-print
125 x 158 cm (x2)
ed 3