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19 octobre - 27 novembre 2013

Jochen Gerner en planque derrière son motif

Les hasards du calendrier font que Jochen Gerner se retrouve à exposer à Paris en même temps que Roy Lichtenstein. Ce dernier a utilisé jusqu’à la corde la trame et les Comics pour en faire principalement des tableaux, pour accéder donc à la « grande peinture ». Il fait partie de ces artistes logotypiques qu’on reconnaît au premier coup d’œil.

Tout ça pour dire que Jochen Gerner n’a rien à voir (mais alors rien) avec l’art de l’artiste Pop, bien que certains pourront trouver des ressemblances, si ce ne sont des ponts. Or, c’est à l’opposé même de ces préoccupations que se situe Jochen Gerner. Ce dernier conceptualise tout ce qu’il touche. Cartes postales, Comics, publications, notations, etc. C’est une sorte de Georges Perec des arts plastiques. Très littéraire, chaque œuvre part d’une idée, d’une contrainte, d’une ligne à suivre. Il a également l’avantage sur certains artistes conceptuels d’être nettement plus rigolo. Jochen Gerner ne cherche ni à être l’apôtre de la rayure ni le pape de l’empreinte. Il faut dire qu’il a l’intelligence de l’œuvre et non pas celle de la seule procédure. La constante dans son utilisation d’images déjà publiées, c’est le génie pour utiliser les lignes de force des compositions afin d’en tirer de nouveaux marrons tout chaud du feu.

Jochen Gerner, plein de cet art consommé du dessin, caviarde tout ce qui lui tombe sous le pinceau. Il recouvre ou camoufle également, selon l’humour du moment. On trouvera donc dans son corpus des cartes militaires, établies chaque jour durant la Guerre de 1914, entièrement recouvertes de noir – mis à part le cartel – rehaussées de cercles concentriques symbolisant l’affrontement des deux armées. Formellement, on pense aux Black Paintings de Frank Stella version concentrique à la Clifford Still et ses Targets.

On admirera aussi cette série de cases de BD de gare reproduisant des combats aériens qui sont rayurées dans le sens de la chute des avions. La thématique de la guerre hante l’œuvre de Jochen Gerner. En témoigne cette publication de 2010 aux éditions de L’Association : Panorama du feu.

Jochen Gerner s’est également attaqué à l’affiche de cinéma. Effectivement, celle de L’Argent de poche de François Truffaut est constellée de piécettes qui semblent tomber du ciel comme Jupiter sur Danae. Celle de Coiffeur pour dames de Jean Boyer ne laisse plus apparaître que de décoratives chevelures hirsutes, peignées, frisées, etc.

Ailleurs, des planches publiées de Franquin sont recouvertes du motif guerrier cubiste appelé camouflage – encore la guerre… –, mais traité en noir et gris très foncé, en référence à la période Idées Noires du génial dessinateur belge. Les amateurs de Franquin seront certainement déçus car ils ne verront plus grand chose de son art… Le résultat est formellement très beau. Une partie des œuvres de Jochen Gerner a quelque chose à voir avec l’abstraction. Elles flirtent tout au moins avec elle, partant de bases on ne peut plus figuratives. N’a-t-il pas publié, toujours aux éditions de L’Association, l’ouvrage Abstraction (1941-1968) ?

Gardons pour la fin cette suite de cartes géographiques, vous savez, celles que l’instituteur exhibait dans la salle de classe, contrecollées sur un carton souple avec deux œillets en haut pour l’accrochage. Jochen Gerner, comme un cancre, les a caviardées à l’acrylique anthracite (donc pas noire à 100 %). Il a épargné des mots, une suite de mots ou bien une suite de mots recréant un mot nouveau. Non seulement c’est drôle, c’est beau, c’est malin, mais en plus, c’est poétique. On dirait des cartes du ciel dont les constellations sont formées par des agglomérats de lettres. Serait-ce les rêves des hommes qui se transforment en étoiles ou bien les pensées (mauvaises ou bonnes) des mêmes humains qui se baladent dans l’espace ?

PhD

JOCHEN GERNER
Amérique du Nord, 2013
acrylique sur carte
119 x 98 cm